Une première retraite à six ans

À six ans, j’ai connu la honte à mon premier spectacle scolaire. J’avais alors pris la décision de prendre ma retraite de la scène. J’ai mis plus de vingt-cinq ans avant de trouver le courage pour effectuer mon premier retour.

Avoir un chat dans la gorge

Sur la scène de l’école, je devais chanter Trois petits chats, mais je me suis égaré dans le texte et, mené par ma petite tête dure d’enfant, je me suis acharné à créer des couplets en espérant, éventuellement, retrouver le bon chemin.

Après un moment d’hilarité, les spectateurs, qui croyaient d’abord à une blague, se sont épuisés devant mon entêtement. Ils n’en pouvaient plus de m’entendre. L’intervention du directeur d’école a mis fin à leurs souffrances, mais pas à mon désir de terminer la chanson.

Trois petits chats, chats, chats
Chapeau de paille, paille, paille
Paillasson, son, son, son
Somnifère, fère fère
Fermenté, té, té
Té perdu, du, du
Dubitatif, tif, tif
Typhoïde, ïde, ïde

J’ai continué à chanter à l’arrière-scène, puis dans le parking, puis dans la voiture, puis dans la maison, puis dans mon lit. Le regard de mes parents n’avait plus rien d’amoureux.

Je me suis finalement endormi, la voix éteinte, vers trois heures du matin, sans avoir atteint mon objectif : celui de clore la boucle.

Je crois que j’ai néanmoins fracassé un record du monde en chantant Trois petits chats pendant six heures d’affilée sans jamais répéter le même couplet. Une mince consolation jamais homologuée.

À ce jour, j’essaie encore de trouver la fin.