Un faux départ

J’ai fait mon premier stage dans le service des communications d’une multinationale de l’immobilier.

Mon patron avait hérité, allez savoir pourquoi, de la responsabilité d’éloigner les squatteurs des entrepôts vides. Les affiches « Attention chiens méchants » ne fonctionnaient plus, probablement parce que les chiens avaient perdu leur emploi pour cause de coupes budgétaires.

Je devais donc être créatif, trouver des idées géniales qui ne coûtaient rien et présenter des maquettes en moins de deux heures. C’était court, mais je voulais réussir. J’étais animé de la foi exaspérante des débutants.

Chouette idée qui n’a pas volé haut

J’ai réussi à concevoir, en un temps record, deux maquettes d’affiches qui, j’en étais convaincu, auraient un effet dissuasif sur la population de squatteurs, car ces derniers partagent les mêmes phobies que la population en général. C’était là mon «axe de communication». J’utilisais déjà le jargon du métier. Un vrai pro.

Devant un petit chevalet instable, la bouche sèche et les aisselles humides, j’ai présenté ce que j’espérais être un tremplin vers un poste permanent.

J’étais convaincu que mes deux propositions possédaient un effet dissuasif supérieur au traditionnel « Attention chiens méchants » :

1 — « Attention : ne marchez pas sur les serpents.
En cas de morsure, apportez le serpent avec vous pour recevoir le bon antidote. »

2 — « Nous ne sommes pas responsables des morsures de rats.
Nous avons coupé le budget d’extermination. À vos risques et périls. »

Lorsque j’ai présenté mes idées, le patron n’a eu aucune réaction. Aucune. Même pas un minuscule froncement de sourcil pour égayer la destruction de mon égo.

Je venais de connaître mon premier échec professionnel. Pour me rassurer, je me suis répété la citation de Thomas Edison : «Je n’ai pas échoué, j’ai simplement trouvé 10 000 solutions qui ne fonctionnent pas». Il ne me restait qu’à affronter 9998 refus de plus avant de connaître le sourire approbateur d’un cadre supérieur.