Souvenir honteux

Il m’arrive souvent de ne pas être très fier de moi. En fait, ce malaise est ma seconde nature, peut-être même la première. Mais cette fois-là, j’ai ressenti une honte presque nationale à moi tout seul.

Un jour d’été, j’entre au bureau. On y croisait parfois les enfants des employés qui devaient y faire un saut durant leurs vacances.

Une rivière de sanglots

À la réception, une petite fille de cinq ou six ans pleurait à gros sanglots. Elle était entourée par des collègues de sa mère qui tentaient de la consoler. J’ai compris que « Princesse » venait de rendre l’âme.

J’ai perdu mon chien lorsque j’avais six ans. Sa nuque n’avait pas résisté aux roues d’une voiture alcoolisée. Encore aujourd’hui, je ressens de la tristesse lorsque je pense à ce deuil, le premier amour aplati de ma vie.

Une mer de honte

J’ai ressenti une forte empathie pour la petite fille jusqu’au moment où j’ai appris que son animal de compagnie n’était ni un chat, ni un chien, ni même une tortue, mais un poney.

Je dois avouer, à ma grande honte, que mon empathie s’est transformée en jalousie. J’étais envieux d’une petite fille triste parce qu’elle était riche. J’ai connu de plus mauvais moments dans ma vie, mais aucun plus honteux.