Parler le « jeune »

J’ignore pourquoi ce sont mes idées les plus stupides qui sont retenues par les comités, alors que mes vrais coups de génie passent inaperçus.

L’enfance de l’art

À l’agence où je travaillais comme rédacteur publicitaire, nous devions réaliser une campagne de sensibilisation dont le but était d’intéresser les jeunes garçons à l’art. Les directives étaient limpides. Il fallait à tout prix nous éloigner du discours artistique pour adopter un ton « plus jeune ». Nous devions parler « leur langue », nous rapprocher de « leur vécu », parler d’art sans parler d’art pour ne pas déplaire à ceux qui n’aiment pas l’art.

Nous devions choisir une œuvre marquante de l’histoire de l’art et présenter nos suggestions de campagne à un comité socialement paritaire capable d’aligner dix synonymes d’« intégration de connaissances » dans une même phrase sans s’essouffler.

Le projet ne m’emballait pas, probablement parce que le client m’agaçait et que j’avais faim. Alors, j’ai pondu n’importe quoi. Et mon idée a été acceptée, à ma grande surprise, avant d’être rejetée, à mon grand soulagement.

Voici le bijou : « Venez découvrir Mona Lisa, la MILF du 16e siècle. »